Un photographe catalyseur de conversations à propos du Canada

Peut-on arriver à résumer le paysage canadien en seulement 13 photos? C’est le défi que tente de relever Randy VanDerStarren en traversant le pays sur le Grand Sentier pour croquer des images afin de n’en retenir qu’une seule, iconique, par province et territoire. Et il est bien conscient de l’ambition de cette entreprise.

«Oui, c’est audacieux de penser pouvoir capter l’essence d’un endroit seulement à l’aide d’une photo», convient VanDerStarren.

Vous l’aurez deviné, le cv de cet ancien-président-d’une-compagnie-de-gestion-financière comprend, en plus de son expérience de gestionnaire de grandes entreprises, une section sur l’art de la photographie. Depuis qu’il a lancé son projet international de photo Take Your Seat, il a voyagé dans différentes parties du monde pour prendre ses clichés, tout en favorisant le dialogue et en mettant l’emphase sur ce que vivre de façon intentionnelle signifie. Chacune des photos de son projet met en scène l’emblématique chaise orange de réalisateur et fait ainsi référence à une symbolique très claire: l’image invite celui qui la regarde à diriger sa propre vie et à en devenir le réalisateur.

Audacieux? Tellement!

Même la plus petite province canadienne – l’Île-du-Prince-Édouard – présente toute une diversité de paysages topographiques: champs ondoyants, plages balayées par le vent, paisibles anses rocheuses… Choisir une seule photo pour représenter ce petit bijou de l’Atlantique n’est pas une mince affaire, et le défi risque de s’amplifier encore avec la taille des provinces; pensons par exemple au Québec ou à la Colombie-Britannique.

«Je sais que je n’arriverai pas à prendre LA photo caractéristique, admet tout de go VanDerStarren. Mais ce à quoi j’aspire, c’est de parvenir à capter une connexion émotionnelle.»

Accompagné de ses deux fils Austin et Evan, il a déjà parcouru plusieurs provinces de l’Est du Canada, explorant différentes sections du Grand Sentier qui lui ont été recommandées par les experts locaux du Sentier. Présentement, il se trouve dans l’Ouest avec sa fille, Bo, et son autre fils, Spencer. Voilà donc un projet qu’on pourrait qualifier de familial!

À ce jour, il a pris plus de 1 500 images du Sentier. Sa tâche, colossale s’il en est une, sera de passer cette collection de photos au peigne fin pour ne retenir que 13 d’entre elles. Les photographies retenues seront exposées dans le hall du Roy Thompson Hall les 10 et 11 juin, puis feront une brève apparition à l’hôtel de ville de Toronto; après quoi, l’exposition partira en tournée dans tout le pays, inspirant au passage les Canadiens à aller explorer le Grand Sentier.

«La beauté naturelle [du Sentier] nous oblige à ralentir, constate VanDerStarren, et c’est triste en un sens parce qu’on aimerait pouvoir y rester plus longtemps. La profondeur, la diversité –voir tout ça en même temps, ça nous engloutit presque.»

Le Canada, parlons-en

Puisque nous fêtons cette année le 150e anniversaire du Canada, le moment n’a jamais été si bien choisi pour les Canadiens, croit VanDerStarren, pour parler du Canada. Bien sûr, notre patriotisme est notoirement plus subtil que celui de nos voisins du Sud; mais il considère qu’il est tout à fait approprié de célébrer les aspects distinctifs du Canada, comme notre paysage et notre géographie extraordinaires, ainsi que le rôle que nous tenons dans l’arène politique internationale. Le but de ce projet, insiste-t-il, n’est pas de vanter nos mérites, mais plutôt d’ouvrir deux conversations importantes.

La première concerne l’environnement dans lequel nous évoluons.

«D’un point de vue philosophique, le projet Take Your Seat se veut une forme de reconnaissance envers notre magnifique planète et, par le fait même, envers notre magnifique pays. Nous devons apprécier toute cette beauté; on ne peut pas la tenir pour acquise.»

La seconde s’articule autour de l’importance de mener sa vie de façon intentionnelle.

«Ce projet parle de suivre nos passions et notre propre vérité de façon consciente, tant avec les autres que seul face à soi-même. Peu importe d’où on vient, il nous rappelle l’importance de sortir de chez soi et de faire quelque chose avec cette unique vie dont on dispose.»