Explorer le P’tit Train du Nord avec Maghalie Rochette

Texte par Maghalie Rochette et photos par Zacharie Turgeon

Si le rêve de partir à l’aventure est souvent plus beau que la réalité, c’est justement parce qu’il ne demeure souvent qu’un rêve.

Partir à l’aventure nous semble toujours romantique, mais quand la réalité nous rattrape, on réalise souvent qu’en fait, nos obligations nous empêchent de concrétiser notre projet. Plus souvent qu’autrement, on finit par se résigner et ne pas partir parce qu’il nous est impossible de réaliser l’aventure de nos rêves.

Mais on oublie parfois une chose: pour qu’une aventure vaille la peine d’être vécue, on n’a pas forcément à quitter son emploi ni à prévoir trois mois pour faire le tour du monde; on peut très bien explorer sa propre région. Ou partir le temps d’un week-end. S’offrir une aventure à plus petite échelle, et pourtant découvrir des tas des choses et satisfaire notre sens de l’aventure.

C’est ce que j’ai compris au cours de ce voyage.

Je demeure tout près du P’tit train du Nord, une piste cyclable de 232 kilomètres qui va de Blainville à Mont-Laurier en suivant le tracé d’un ancien chemin de fer. Je me suis entraînée toute ma vie sur ce sentier; au final, j’ai probablement parcouru des milliers de fois la distance qui sépare Saint-Jérôme de Sainte-Agathe-des-Monts. Si je connais chaque barrière, chaque gare et chaque courbe de ce trajet, je n’ai par contre jamais vu ce qui se cache au-delà, et j’ai décidé de le découvrir cet été. Nous avons fait nos bagages et sommes partis sac au dos pour deux jours, directement en passant la porte de la maison.

Ça m’a fait réaliser à quel point notre région est sauvage dès qu’on s’éloigne des villes. Passé Mont-Tremblant, le paysage est tout simplement époustouflant. La végétation est dense, et on croise des lacs et des rivières à chaque tournant.

À mesure que nous progressions vers le nord, le paysage se faisait de plus en plus sauvage à chaque kilomètre. À Nominingue, nous avons roulé sur un pont entouré d’un lac bleu, immense et magnifique. Des gens y pêchaient, et nous avons pris un instant pour nous arrêter et discuter avec eux tout en profitant de la vue. Environ une demi-heure plus tard, le soleil a entamé sa descente dans le ciel. Toute la journée, nous avions transporté chacun une bière dans notre poche, et maintenant que le soleil se couchait sur le lac, le contexte était trop parfait, trop paisible pour ne pas en profiter; débouchant nos bières, nous avons fait une pause et profité de l’instant. Notre journée d’excursion tirant à sa fin, on se disait que quelques gorgées ne pouvaient qu’élever nos esprits!

Au cours des 30 derniers kilomètres de notre parcours de la journée, tout est soudainement devenu très calme dehors; une atmosphère typique d’un soir de fin d’été. Nous avons aperçu un castor le long du sentier, et nous nous sommes arrêtés pour admirer son œuvre. Pour une raison ou pour une autre, ces derniers kilomètres s’éternisaient, et il semblait que nous avions de plus en plus souvent envie de nous arrêter. À 20 h, nous étions affamés et fatigués. Alors quand nous sommes passés devant un casse-croûte, nous avons rapidement été séduits par l’odeur des frites chaudes. C’est seulement le lendemain que nous avons réalisé à quel nous étions près de la fin du trajet à ce moment-là!

Dans le but de simplifier notre aventure, nous avions choisi de ne pas emporter trop de nourriture. Nous avions bien quelques barres CLIF pour nous soutenir pendant la randonnée, mais nous avons décidé de nous arrêter au magasin pour faire des emplettes pour le souper. Nous avons rempli nos poches de maïs, de saucisses et de fruits, et nous avons pédalé quelques kilomètres supplémentaires pour nous rendre à l’endroit où nous avions planifié de passer la nuit. Une baignade rapide dans le lac a suffi à nous débarrasser de la sueur tandis que notre souper cuisait tranquillement sur le feu de camp. Manger autour du feu tout en se racontant des histoires était la meilleure façon de clore cette première journée d’expédition!

Le lendemain matin, nous avons préparé le petit-déjeuner et enfilé nos shorts encore humides de la veille, puis nous nous sommes remis en selle pour parcourir les 232 kilomètres du trajet inverse. Revoir les mêmes paysages d’un autre œil et à un autre moment de la journée a été une expérience surprenamment distincte de celle que nous avions vécue la veille. Le soleil matinal nous apportait une grande énergie, et nous nous déplacions à bon rythme. Vers midi, nous nous sommes arrêtés à Rivière-Rouge. À partir de la piste cyclable, nous avons aperçu une petite boulangerie qui appelait nos estomacs vides; c’est ainsi que nous avons découvert ce que je crois bien être la meilleure pizza du monde, cachée dans ce petit coin des Laurentides.

Ensuite nous avons repris la route et nous avons pu voir des bébés chevreuils, des oiseaux sauvages et une enfilade de gares. C’était agréable de constater à quel point les gens étaient gentils dans les petits villages des hautes Laurentides; tout le monde semblait réellement intéressé par notre petite aventure.

Plus tard en après-midi, alors que la température augmentait, ce n’est pas l’odeur des frites qui nous a attirés, mais la vue de cornets de crème glacée. Nous avons fait une pause et discuté avec le propriétaire de l’endroit en mangeant notre crème glacée, ce qui nous a donné l’énergie dont nous avions besoin; nous avons passé les 30 kilomètres suivants à nous mesurer l’un à l’autre. Notre côté compétitif a refait surface et nous nous sommes mutuellement mis à l’épreuve, simplement pour le plaisir. Ça m’a rappelé à quel point j’aime la compétition.

Notre objectif était de terminer notre excursion dans une brasserie près du point d’arrivée du P’tit Train du Nord à Blainville, mais à 45 kilomètres de notre destination, nous avons réalisé que la brasserie fermait dans une heure. Nous avons accéléré le rythme, échangeant des relais entre nous, appréciant l’effort et acceptant la fatigue qui grandissait à mesure que le soleil descendait. Ce fut un moment fantastique! Nous avons finalement réussi à atteindre la brasserie à peine cinq minutes avant sa fermeture – juste à temps pour déguster une bonne bière froide et porter un toast à notre amitié!

***

En toute honnêteté, je n’ai jamais pensé que je pourrais découvrir des choses aussi intéressantes si près de chez moi, et pourtant cette brève aventure m’a réellement donné une nouvelle énergie et motivée en vue de l’entraînement qui m’attend. L’excursion est venue me rappeler ce qui me plaît tant le cyclisme: j’adore rouler toute la journée, tout simplement. J’apprécie la sensation de fatigue qui s’installe après une longue journée passée sur mon vélo. J’aime partager ces moments avec de bons amis, et je suis toujours surprise de constater comment le fait de d’explorer un endroit à vélo nous fait voir les choses autrement.

Mais surtout, ce voyage m’a fait comprendre qu’on n’a pas besoin d’aller bien loin pour explorer. Une aventure se cache à chaque tournant!

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