Rivière-du-Loup à Baie-Saint-Paul

Par Julie Chatelain et Simon Lacroix

Après notre journée de repos à Rivière-du-Loup, nous avons pris le traversier le 11 mai à 8 h. Le matin était frais, et nous nous sommes assis à l’intérieur pour faire le trajet d’une heure. Un jeune homme était intrigué par notre chariot. Nous l’avons invité à passer le temps de la traversée avec nous. Professeur au secondaire, Elliot est cycliste et randonneur. Il rêve d’explorer le Canada avec son chien. Sa compagnie a semblé raccourcir le trajet.

En arrivant sur la rive nord, à Saint-Siméon, nous anticipions les défis (de grosses côtes) à venir. La neige abondante avait causé la fermeture de tous les sentiers de Charlevoix jusqu’à la mi-juin. Notre alternative nous a dirigés le long de l’autoroute 138 et de quelques autres routes secondaires jusqu’à Beaupré (des distances respectives de 140 kilomètres et 50 kilomètres au nord de la ville de Québec), où nous allions pouvoir rejoindre Le Grand Sentier.

Elliot nous avait recommandé une petite route qui traverse Port-au-Persil. En quittant la ville, nous étions conscients de la circulation routière et nous avons géré nos mouvements pour réduire les blessures aux jambes et aux pieds. Port-au-Persil était à couper le souffle, mais les routes étaient longues et à pic. Antérieurement, face à de tels défis, nous avions appris à nous concentrer pour réduire la longueur de nos enjambées et garder une bonne posture. Ainsi, notre esprit se divisa en deux: notre côté analytique supervisait notre technique de marche pour conserver notre énergie, pendant que notre côté créatif flottait dans ses rêveries.

En suivant un petit ruisseau qui longeait la route, Julie se rappelait avoir joué pendant des heures dans le ruisseau près de son chalet. Elle bâtissait des barrages et suivait les branches qu’elle jetait dans le courant vif. Plus tard, nous avons aperçu des vaches Highland. Elles nous ont rappelé notre voyage en Écosse. Dans cet état de rêverie, nous en avons presque oublié la circulation routière en marchant le long du chemin. Le temps est devenu élastique.

Avant d’atteindre Saint-Fidèle, Simon a repéré un panneau annonçant le Centre écologique de Port-au-Saumon. Instantanément, il s’est souvenu de la visite qu’il y avait faite il y a 40 ans avec sa sœur Martine. Elle y avait été naturaliste pendant une saison. Mise à part la beauté de la région, son souvenir le plus vif était certainement les maudits moustiques!

Nous avons passé la nuit dans une maison d’hôte qui avait une vue formidable sur le Saint-Laurent. Nous nous sommes endormis tôt avec cette vue magnifique à partir de notre lit. Le lendemain matin, nous nous sommes arrêtés dans un café local et nous avons dégusté deux espressos. Les gens du coin nous questionnaient: «Vous marchez?» «Que faites-vous?» Tous très gentils, ils nous ont suggéré quelques variantes pour la journée.

En arrivant à Cap-à-l’Aigle, nous avons quitté la route principale au profit d’un petit chemin calme. Sur la rive nord, les maisons étaient pittoresques, et les parcs, accueillants. Nous avons profité d’un espace vert pour prendre une collation près d’un ruisseau. En général, dans la région, les gens semblaient fiers de leur communauté. Les jardins avaient tous été dégagés après l’hiver, et les gens peinturaient leurs maisons et clôtures. Plusieurs vieilles granges étaient peintes de fleurs ou accentuées de couleurs vives.

Nous sommes arrivés à La Malbaie autour de 16 h et nous avons cherché un motel pour la nuit. Le soleil, le vent et les collines avaient eu leur effet sur nous. Nous avions hâte de nous reposer.

La douleur a souvent été une compagne au cours de ces randonnées; elle va et vient. Nous avons essayé d’écouter ses avertissements. Nous marchions sur des distances plus courtes pour les sections difficiles et prenions des pauses au besoin. Mais la douleur physique ne nous a pas empêchés de profiter de nos randonnées; nous avons acquis une meilleure connaissance de nos limites, et compris que notre bonheur vient de l’accomplissement de tâches ardues exécutées ensemble.

Le 13 mai, nous avons quitté la belle ville de La Malbaie. La route qui sort de la ville montait à pic sur plus de 5 kilomètres. Au sommet se trouve un observatoire, où nous nous sommes arrêtés pour faire une pause. La marche jusqu’à notre prochaine destination, Saint-Irénée, se déroulait sur une autre route vallonnée. La descente au village fut longue, avec une dénivellation moyenne de 12 % à 18 % degrés.

Nos corps s’ajustaient bien aux exigences du terrain accidenté. La phase physique de cette grande marche se terminait. Il y a plusieurs années, une pèlerine du chemin de Compostelle nous avait décrit la deuxième phase des marches de longue distance, appelée la phase cérébrale. Quand Julie a atteint cette phase pendant les randonnées précédentes, elle a affronté ses vieux démons. Des émotions parfois déplaisantes faisaient surface. Ce processus semble difficile, mais Simon et Julie l’envisageaient avec sérénité, curieux de voir ce qui allait ressurgir cette fois.

Le 14 mai, nous sommes arrivés au village Les Éboulements vers 11 h 30. Nous avons décidé de continuer jusqu’à Baie-Saint-Paul; une longue journée de 28 kilomètres sur une route très montueuse. Nous sommes finalement arrivés à Baie-Saint-Paul tard en après-midi.

Nous avions prévu une journée de repos. Les journées de marche sur la route avaient été très agréables, remplies de vues grandioses du fleuve Saint-Laurent. Les fermes et les villages, considérés parmi les plus beaux du Québec, étaient pittoresques. Nos jambes étaient raisonnablement en forme. Nous sommes sortis pour un bon repas… après un bain chaud, bien sûr!

Une petite anecdote en passant: les parents de Simon ont fait leur voyage de noces à Baie-Saint-Paul en 1950!

Vous nous trouverez sur le Sentier, à mettre un pied devant l’autre…

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