Un adolescent court pour les enfants des femmes autochtones disparues et assassinées

Le projet de courir l’équivalent de trois marathons en l’espace de seulement quelques jours est ambitieux à tout âge.

Pour Theland Kicknosway, membre du Wolf Clan et défenseur des jeunes Potawatamis et Cris, parcourir la distance de 130 kilomètres qui sépare Ottawa de Kitigan Zibi est une façon de contribuer à la conscientisation essentielle de la population à propos des familles des femmes autochtones disparues et assassinées.

L’idée est venue à Theland quand il avait à peine neuf ans, après qu’il ait posé à sa mère, Elaine, une épineuse question: «Qu’advient-il des enfants de toutes ces femmes autochtones qui sont disparues ou qui ont été tuées?».

Incapable de répondre, Elaine a demandé à Bridget Tolley de rencontrer son fils. Bridget est la fondatrice de Families of Sisters in Spirit, une organisation bénévole qui offre du soutien aux proches des filles et des femmes autochtones disparues et assassinées, ainsi qu’aux personnes bispirituelles [NDLR: en anglais, Two-Spirit People].

Theland sur la route près de Kitigan Zibi

On rapporte qu’environ 1 200 femmes autochtones seraient disparues depuis 1980, mais les activistes de la cause considèrent qu’il pourrait y en avoir beaucoup plus. Quand Bridget a expliqué à Theland que les nombreux enfants orphelins de ces femmes étaient confiés à leurs grands-parents et qu’ils bénéficiaient de bien peu de soutien, le garçon s’est senti pressé d’agir.

«J’ai commencé à me demander comment je pourrais inspirer les enfants et les jeunes adultes, se rappelle-t-il. Je lisais beaucoup à propos de Terry Fox à l’époque, et j’ai pensé que je pourrais courir pour les filles et les femmes autochtones disparues et assassinées.»

Épaulé par sa famille et sa communauté, Theland a décidé de mettre sur pied une course à partir d’Ottawa, sa ville natale en Ontario, jusqu’à Kitigan Zibi, au Québec, pour attirer l’attention sur l’œuvre de Families of Sisters in Spirit. À tout juste 11 ans, il complétait sa première course; aujourd’hui, il est fin prêt à entamer sa cinquième course, le 11 mai à Ottawa. Pour ses trajets des quatre dernières années, il a suivi la Véloroute des Draveurs, une section du Grand Sentier du Canada.

Pour Theland, compléter une première course de 130 kilomètres à un si jeune âge a été difficile. En rétrospective, il considère qu’il n’était alors pas préparé aux exigences physiques et au fardeau émotionnel inhérents à cette entreprise titanesque.

Même si un entraînement adéquat a facilité l’aventure au fil des ans, Theland estime que s’il a persévéré depuis sa première course jusqu’à aujourd’hui, c’est grâce aux gens qui se sont joints à son projet, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont soutenu.

«Pendant la course, beaucoup de gens viennent nous voir, surtout des survivants et des proches des filles et des femmes disparues et assassinées, dit-il. Tout l’événement s’articule autour de l’amour, et j’éprouve beaucoup de reconnaissance envers ceux qui sortent de chez eux pour venir nous rejoindre.»

«La raison pour laquelle je fais cette course et les personnes pour qui je cours sont en fait ce qui me motive à continuer», ajoute-t-il.

À maintenant 15 ans, Theland est un activiste reconnu, un batteur, un danseur de cerceaux et un éducateur auprès des jeunes. En 2018, alors qu’on reconnaissait sa contribution à la culture, au patrimoine et à la spiritualité des Premières Nations, il est devenu le plus jeune lauréat d’un prix Indspire.

Depuis 2015, sa course annuelle a amassé 5 000 $ pour les enfants des femmes autochtones disparues et assassinées. Theland dit vouloir poursuivre son œuvre en continuant d’organiser la course pendant plusieurs années encore.

«Au départ, on avait prévu un projet de quatre ans. Notre quatrième course a eu lieu l’an dernier, mais je ne crois pas que nous allons nous arrêter», a-t-il conclu.

Pour en apprendre davantage sur la course de Theland, suivez sa page Facebook et son compteInstagram pages.

Sentier Transcanadien est un organisme sans but lucratif. Vous considérez que notre travail compte? Pensez à soutenir notre œuvre surthttps://thegreattrail.ca/fr/help/!