Les patrouilleurs bénévoles du parc linéaire des Bois-Francs : allier le plein air, la sécurité et le tourisme

Texte et photos par Stéphane Tellier

Lorsque je suis arrivé à la Vélogare du Grand-Tronc pour emprunter les vélos communautaires offerts par la municipalité de Victoriaville, j’ai remarqué un groupe de personnes réunies portant un maillot orange. Je ne pouvais pas me retenir de m’approcher d’elles, à les voir sourire autour de leur vélo.

J’ai vite compris que ce groupe était là pour une raison précise en voyant au dos de leur maillot l’indication Patrouilleur. Ce vêtement personnalisé agit comme point de repère pour tous les cyclistes qui fréquentent le parc linéaire des Bois-Francs et désigne avec fierté les patrouilleurs.

Ce regroupement est composé de bénévoles passionnés par le vélo, par le parc linéaire et par la région. Je réalise rapidement que le rôle des patrouilleurs est essentiel et fait en sorte que notre expérience se déroule à merveille durant notre séjour.

Libres de parcourir le tronçon qu’ils désirent (en moyenne 10 heures par mois), les patrouilleurs sont les anges gardiens qui partent seul ou en groupe parcourir les kilomètres de la piste cyclable.

Pendant que les patrouilleurs s’affairent au départ pour la journée, j’ai la chance de discuter avec trois bénévoles sur leur rôle et, surtout, sur leur passion commune pour leur section du Grand Sentier.

 

Naissance du parc linéaire

Le parc linéaire des Bois-Francs fait partie du décor régional depuis 1997 et couvre 77 kilomètres à même l’ancien chemin de fer de Tingwick à Lyster.

Claude Sévigny se désigne comme le responsable du volet mécanique. Dès sa retraite il y a six ans, il a enfourché son vélo pour accueillir les cyclistes amateurs sur le sentier.

Lorsque le chemin de fer a commencé à être démantelé, il a imaginé une piste pour développer le cyclotourisme. Le parc linéaire des Bois-Francs allait de soi et deviendrait le point de repère pour élaborer différentes pistes cyclables dans la région. Il deviendra important pour attirer les touristes. Étant lui-même un amateur de cyclotourisme, Claude était déjà vendu à l’idée d’un parc et, surtout, à l’idée de dynamiser le tourisme régional grâce à l’accueil chaleureux des Bois-Franciens.

 

 

Rôle des patrouilleurs

Claude est très fier de me parler des deux Bicibornes disponibles sur le sentier, à Laurierville et à la station de Tingwick, pour aider les cyclistes. Ces stations de réparation offrent tous les outils nécessaires et une pompe à vélo. Évidemment, tous les patrouilleurs possèdent des connaissances de base pour réparer les vélos dans la mesure du possible.

Autre rôle important des patrouilleurs : prodiguer les premiers soins aux cyclistes dans le besoin. Advenant une urgence majeure, les patrouilleurs sont dotés d’un téléphone cellulaire pour rejoindre les premiers répondants et pour permettre une évacuation rapide de la personne blessée.

Claude me résume très bien le but premier du patrouilleur : « Jaser avec les gens, demander si tout va bien, s’ils cherchent une adresse où manger. S’assurer que l’expérience se déroule à merveille et que tous les cyclistes vivent un moment mémorable. »

Après quelques minutes de discussion avec Claude, sa conjointe et sa coéquipière se joignent à la conversation. Depuis six ans, France Verville est bénévole. Elle me raconte avec beaucoup d’enthousiasme qu’elle adore le vélo et discuter avec les gens, ce que lui procure exactement son bénévolat.

« Les patrouilleurs ont un rôle d’ambassadeurs. Nous sommes des mines d’informations pour faire découvrir les attraits. Au début de chaque saison estivale, nous suivons une formation offerte par les MRC d’Arthabaska et de l’Érable pour nous informer sur les attraits de la région. »

Les patrouilleurs arrêtent souvent dans les 33 haltes réparties sur les 77 kilomètres pour discuter et faire connaissance avec les cyclistes, sans toutefois forcer la note.

À la fin de chaque sortie, les patrouilleurs font un rapport par le biais d’une application personnalisée. « Nous sommes les yeux du parc, dit fièrement France. S’il y a eu un bris ou si on a donné des renseignements sur des attractions touristiques, on le signale dans notre rapport à la fin de notre tournée. »

Jacinthe Arbour, bénévole depuis 13 ans, revient sur l’aspect sécuritaire amené par France. « On a un rôle de réglementation, mais on n’est pas des policiers. À force de rencontrer les gens et de discuter avec eux de la réglementation, on voit vraiment les habitués faire attention à leur parc.

Le bon état du sentier est en grande partie lié à la vigilance des patrouilleurs, mais il y a une équipe d’entretien qui s’assure de la condition du sentier durant la semaine et qui joue un rôle essentiel à son maintien.

Pour France, la beauté du sentier est liée à la quiétude qu’il procure. « On n’a pas peur d’être frôlé par une voiture ou un poids lourd. On s’y sent en sécurité. »

 

Des usagers intergénérationnels

Je suis curieux de connaître qui visite le parc linéaire des Bois-Francs. France me répond : « En ce moment, les patrouilleurs rencontrent très souvent des gens du Centre-du-Québec, mais on remarque beaucoup de passionnés de vélo de la ville de Québec et de l’Estrie. »

Un détail qu’elle tient à souligner et qui la touche énormément est lié au fait que les patrouilleurs se font souvent dire que, sans le parc linéaire, les usagers ne feraient pas de vélo et ne seraient pas aussi actifs.

« Il y a des gens d’un certain âge qu’on croise qui ne feraient pas d’exercice s’il n’y n’avait pas ce sentier accessible à partir du centre-ville, dit-elle fièrement. Même s’ils utilisent un vélo électrique, ils font l’effort de sortir de chez eux pour profiter du décor et pour se changer les idées. »

La directrice générale, Mélanie Houle, est une vraie source de motivation pour les patrouilleurs. Cette arrivée donne une vision inspirante pour les patrouilleurs, qui voient à l’horizon beaucoup de projets grâce au dynamisme de la nouvelle venue.

 

 

Des ambassadeurs touristiques sur deux roues

 

Jacinthe renchérit sur le volet touristique. « Le côté touristique, c’est énorme. Le cyclotourisme en juillet et août est très populaire chez les familles, même avec les Européens. J’aime leur parler des forfaits de deux ou trois jours offerts par les hôtels et les gîtes pour découvrir le parc linéaire. Les gens ne sont pas toujours au courant, et je trouve que c’est une belle initiative pour les faire revenir. »

C’est là que je lui demande quels sont les moments qu’elle préfère lorsqu’elle patrouille sur le sentier. « J’adore partir seule avec mon livre sur les plantes et prendre le temps de les admirer, d’en apprendre plus sur celles qui longent le sentier et, en même temps, admirer les oiseaux qui vivent autour du parc. J’aime beaucoup aller à mon rythme et, lorsque l’occasion d’échanger se présente avec les visiteurs, ce sont mes plus beaux moments. »

Il est facile de constater que ces bénévoles sont motivés au plus haut point par leur implication dans le succès du parc linéaire. « La plus belle paie que vous pouvez nous donner, c’est de parler de nous et du parc linéaire à vos proches, à vos collègues, à tout le monde », déclare France.